La France s’impose comme le leader européen de la mode de seconde main avec 26 % des revenus du secteur, soit 4,1 milliards d’euros en 2024. Un marché en pleine expansion, qui pourrait atteindre 6,3 milliards d’ici 2030, alors que le Royaume‑Uni recule.
La France en tête de la révolution vestimentaire circulaire
Selon une étude conjointe de la Circular Fashion Federation et de KPMG, la France domine le marché européen de la mode d’occasion. En 2024, elle représente 26 % des revenus européens du secteur, avec un chiffre d’affaires de 4,1 milliards d’euros. D’ici 2030, cette somme pourrait grimper à 6,3 milliards, portée par une croissance annuelle moyenne de 7,4 %.
Ce dynamisme tranche avec le recul du Royaume-Uni, dont le marché subit un déclin annuel estimé à 4 %, conséquence probable d’un modèle arrivé à maturité et d’une saturation des plateformes déjà bien implantées.
Un engouement européen, mais une culture française unique
À l’échelle du continent, le marché européen de la mode de seconde main devrait passer de 15,9 milliards d’euros en 2024 à 26 milliards d’ici 2030. Ce boom s’explique par une évolution des mentalités, notamment chez les jeunes générations, plus attentives à l’impact écologique de leurs achats et adeptes d’un shopping plus conscient.
En France, cet engouement est aussi culturel. Le vintage y rime avec style et durabilité. Les friperies, marchés aux puces, et plateformes spécialisées connaissent un succès grandissant. Fait notable : 81 % des transactions se font encore en magasin physique, un attachement qui témoigne du plaisir d’explorer, de toucher et de chiner, bien au-delà du simple acte d’achat.
Des acteurs français puissants et visionnaires
Le succès de la seconde main repose aussi sur des entreprises pionnières, capables d’articuler tech et style :
- Vinted, bien que d’origine lituanienne, est omniprésente en France. En 2023, la plateforme a affiché un chiffre d’affaires de 596 millions d’euros, en hausse de 61 %, avec un bénéfice net de 18 millions d’euros. Elle consolide sa position en investissant dans la logistique et en renforçant son ancrage local.
- Vestiaire Collective, fondée en France en 2009, est devenue une référence mondiale du luxe d’occasion. En collaborant avec des maisons comme Gucci ou Chloé, elle a su allier exigence de qualité et engagement écologique.
- Promod expérimente une hybridation entre retail et circulaire, en intégrant des espaces seconde main dans ses boutiques physiques, aux côtés d’ateliers de réparation et de recyclage textile.
Un modèle qui redéfinit les codes
La progression de la seconde main en France n’est pas un simple effet de mode. C’est une refonte profonde des pratiques de consommation. Selon NielsenIQ, la part des Français·es achetant de la mode d’occasion est passée de 11,3 % en 2019 à 17,8 % en 2023. Une progression stable, continue, et révélatrice.
Les raisons ? Un mélange de conscience écologique, de crise du pouvoir d’achat, et de goût pour la singularité. La seconde main ne se résume plus à un choix économique : elle devient une posture esthétique et éthique.
Conclusion : une révolution douce, mais bien réelle
La France vit une révolution textile discrète, mais puissante. En choisissant la seconde main, les consommatrices transforment le rapport au vêtement : on achète moins, mieux, et plus intelligemment. C’est aussi un retour à la valeur émotionnelle de la mode, à l’histoire que porte chaque pièce.
Avec des acteurs solides, une clientèle fidèle et des perspectives de croissance réjouissantes, la France pourrait bien devenir le modèle mondial d’une mode désirable… et durable.